Le féminisme et l’égalité ne se limitent pas aux discours politiques ou aux manifestations médiatisées. Ces enjeux se vivent au quotidien, dans les conseils d’administration des entreprises de mode, dans les transports en commun bruxellois, dans les négociations salariales et même dans les messages publicitaires qui nous entourent. En Belgique, pays pionnier en matière de législation sur la parité, la route vers l’égalité réelle combine avancées législatives, vigilance face aux violences et transformation profonde des mentalités dans le monde professionnel.
Comprendre les mécanismes de l’inégalité, c’est se donner les moyens d’agir concrètement. Qu’il s’agisse d’accéder aux postes de décision, de se protéger face aux violences, de circuler en sécurité ou d’exiger une responsabilité sociétale authentique des entreprises, chaque citoyenne et citoyen dispose aujourd’hui d’outils et de recours. Cet article explore les dimensions essentielles de l’égalité femmes-hommes telle qu’elle se construit actuellement en Belgique, en mettant l’accent sur les actions concrètes et les ressources disponibles.
La présence des femmes dans les conseils d’administration et les comités de direction n’est pas qu’une question de justice sociale. Elle constitue un levier de performance économique désormais documenté par de nombreuses études. Les entreprises dotées d’équipes dirigeantes mixtes affichent généralement une meilleure capacité d’innovation, une compréhension plus fine des marchés et une résilience accrue face aux crises.
La Belgique a adopté des mesures contraignantes pour imposer la mixité dans les conseils d’administration des entreprises publiques et des sociétés cotées en bourse. Ces quotas législatifs fixent généralement un seuil minimal de représentation de chaque sexe, souvent établi à un tiers. Cette approche volontariste a porté ses fruits : le nombre de femmes administratrices a significativement augmenté dans les secteurs concernés.
Toutefois, ces quotas révèlent également leurs limites. Ils concernent principalement les grandes structures, laissant les PME et les start-ups en dehors du périmètre d’application. De plus, l’accès aux mandats d’administratrice nécessite souvent un réseau professionnel développé et une visibilité que toutes les femmes compétentes n’ont pas eu l’opportunité de construire. Les organisations spécialisées proposent désormais des formations et des programmes de mentorat pour préparer les candidates potentielles à ces responsabilités.
Au-delà du cadre légal, des barrières invisibles freinent encore la progression des femmes vers les postes à responsabilité. Les stéréotypes de genre imprègnent les processus de recrutement et de promotion : on attend souvent d’une candidate qu’elle ait déjà fait ses preuves dans un poste équivalent, tandis qu’un homme sera recruté sur son potentiel.
Dans les secteurs de la mode et de la beauté, paradoxalement féminisés à la base, les postes de direction restent majoritairement occupés par des hommes. Cette réalité illustre le phénomène du « plafond de verre », cette barrière invisible qui empêche les femmes d’accéder aux échelons supérieurs malgré leurs compétences. Changer cette dynamique requiert une vigilance constante et une remise en question des critères de sélection traditionnels.
Les violences faites aux femmes constituent un obstacle majeur à l’égalité réelle. En Belgique, des dispositifs juridiques et associatifs offrent protection et accompagnement aux victimes, mais encore faut-il les connaître et oser y recourir. Briser le silence représente souvent la première étape, et la plus difficile.
Les violences conjugales suivent généralement un cycle caractéristique : tension croissante, explosion violente, phase de rémission avec excuses et promesses de changement, puis nouveau cycle. Reconnaître ce schéma permet de sortir du déni et de comprendre que la violence n’est ni accidentelle ni liée à un « mauvais jour ».
Les signaux d’alerte incluent l’isolement progressif imposé par le partenaire, le contrôle excessif des fréquentations et des dépenses, les critiques constantes sapant la confiance en soi, et bien sûr les violences physiques. Les violences économiques et administratives – confiscation des revenus, interdiction de travailler, destruction de documents d’identité – sont moins visibles mais tout aussi destructrices.
Le cadre juridique belge offre plusieurs niveaux de protection. En situation d’urgence, contacter la police via le numéro 101 permet d’obtenir une intervention immédiate. Les mesures d’éloignement peuvent être prononcées rapidement par le procureur du Roi, obligeant l’auteur de violences à quitter le domicile commun pour une durée déterminée.
Les démarches peuvent ensuite être complétées par une ordonnance de protection prononcée par le tribunal de la famille, offrant une protection à plus long terme. Parallèlement, des associations spécialisées accompagnent les victimes dans leurs démarches administratives, juridiques et psychologiques. Le numéro national Écoute Violences Conjugales (0800 30 030) fonctionne 24h/24 et oriente vers les ressources locales appropriées.
Sortir d’une situation de violence ne marque pas la fin du parcours, mais le début d’une reconstruction. Cette phase nécessite un accompagnement psychologique pour restaurer l’estime de soi et déconstruire les mécanismes d’emprise. L’autonomie financière constitue également un enjeu crucial : retrouver un emploi ou créer son activité permet de rebâtir son indépendance.
De nombreuses initiatives locales proposent des formations professionnelles, des aides au logement et des groupes de parole pour les femmes en reconstruction. Ces espaces permettent de briser l’isolement et de réaliser que d’autres ont traversé des épreuves similaires et s’en sont sorties.
Le droit de circuler librement et en sécurité dans l’espace public devrait être universel. Pourtant, de nombreuses femmes adaptent leurs trajets, leurs horaires ou leur tenue vestimentaire par crainte du harcèlement ou de l’agression. Cette autocensure invisible constitue une atteinte réelle à la liberté de mouvement.
Le harcèlement de rue se manifeste sous diverses formes : commentaires sur le physique, sifflements, interpellations insistantes, suivis ou attouchements. Depuis l’adoption de la législation sur le sexisme dans l’espace public, ces comportements sont juridiquement répréhensibles en Belgique. Les victimes peuvent porter plainte et des amendes peuvent être infligées aux auteurs.
Concrètement, face au harcèlement, plusieurs attitudes s’avèrent efficaces selon le contexte. Ignorer et poursuivre son chemin reste souvent la stratégie la plus sûre. En cas d’insistance, une réponse ferme et brève (« laissez-moi tranquille ») sans engager de dialogue peut dissuader. Surtout, chercher du soutien auprès de passants ou se diriger vers un lieu fréquenté constitue un réflexe de sécurité à privilégier.
Les technologies de sécurité se développent pour compléter la vigilance personnelle. Des applications permettent de partager sa géolocalisation en temps réel avec des proches de confiance, d’activer discrètement une alerte ou d’enregistrer des preuves audio ou vidéo. Dans les transports en commun, les numéros d’urgence discrets permettent de signaler un comportement inapproprié.
Au niveau local, le concept de Safe Places (lieux refuge) se déploie progressivement dans les communes belges. Des commerces, bars ou pharmacies ident